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Loi Hamon et cession : informer ses salariés
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Juridique & fiscal

Loi Hamon et cession : informer ses salariés

24 septembre 2024 Par Sébastien Joumel & Kévin Papot
En bref
  • La loi Hamon impose d'informer les salariés au moins 2 mois avant une cession, afin qu'ils puissent présenter une offre de reprise.
  • Elle concerne les entreprises de moins de 250 salariés, pour la vente d'un fonds de commerce ou de la majorité des parts ou actions.
  • La sanction n'est plus l'annulation de la vente mais une amende civile plafonnée à 2 % du prix de cession.
  • Certaines opérations sont exemptées : transmission familiale, entreprise en procédure collective, ou succession/donation.

Vendre son entreprise ne se résume pas à trouver un repreneur et à signer chez le notaire. Depuis la loi du 31 juillet 2014, dite loi Hamon, un cédant a une obligation souvent méconnue : informer ses salariés en amont, pour leur donner la possibilité de formuler une offre de rachat. Mal maîtrisée, cette étape peut retarder une opération, voire exposer le vendeur à une amende. Bien anticipée, elle s’intègre sans friction dans le calendrier de la transaction.

Dans cet article, vous allez comprendre précisément qui est concerné par la loi Hamon en cas de cession, quel délai respecter, comment informer vos salariés dans les règles, quelles sanctions vous encourez en cas d’oubli, et quelles opérations échappent au dispositif.

Ce que prévoit réellement la loi Hamon

La loi Hamon relative à l’économie sociale et solidaire poursuit un objectif simple : favoriser la reprise d’entreprise par les salariés. L’idée du législateur est qu’un collaborateur qui connaît l’activité de l’intérieur est parfois le mieux placé pour assurer la continuité, préserver l’emploi et maintenir le savoir-faire.

Concrètement, avant de vendre, le chef d’entreprise doit informer chaque salarié de sa volonté de céder et leur rappeler qu’ils peuvent présenter une offre de rachat. Il ne s’agit pas d’un droit de préemption : le cédant reste totalement libre de choisir son repreneur et de fixer son prix. Les salariés ne bénéficient d’aucune priorité et l’employeur n’a aucune obligation d’accepter ou même d’examiner favorablement une offre interne. L’obligation porte uniquement sur l’information préalable, pas sur la négociation.

Le dispositif vise deux types d’opérations : la vente d’un fonds de commerce et la cession de la majorité des parts sociales ou actions d’une société (participation donnant le contrôle). Une simple cession minoritaire n’est donc, en principe, pas concernée.

Quelles entreprises et quelles cessions sont concernées

L’obligation s’applique aux entreprises de moins de 250 salariés, avec deux régimes distincts selon l’effectif.

Pour les entreprises de moins de 50 salariés, l’information doit toucher l’ensemble du personnel et intervenir au plus tard deux mois avant la conclusion de la vente. La cession peut ensuite se réaliser à tout moment après ce délai, dans la limite d’un délai de validité (au-delà d’un certain temps sans vente, une nouvelle information est requise).

Pour les entreprises de 50 à 249 salariés, l’information des salariés s’articule avec la procédure d’information-consultation du comité social et économique (CSE). L’information « loi Hamon » peut alors intervenir en même temps que la saisine du CSE, ce qui évite un double calendrier.

Le seuil de 250 salariés se combine avec les critères de la PME au sens européen (chiffre d’affaires ou total de bilan). Les très grandes entreprises échappent au dispositif, tout comme, à l’autre extrémité, certaines micro-structures selon les cas. En pratique, la grande majorité des TPE-PME françaises entrent dans le champ, ce qui en fait une étape quasi systématique dans un projet de transmission d’entreprise.

Comment informer les salariés dans les règles

Le point de vigilance principal est la preuve de la date à laquelle l’information a été donnée. C’est elle qui fait courir le délai de deux mois et qui permet de sécuriser l’opération. La loi laisse le choix du support, à condition qu’il donne une date certaine :

Le contenu peut rester bref : il suffit d’indiquer la volonté de céder et de rappeler la possibilité, pour les salariés, de présenter une offre. Il n’est pas nécessaire de communiquer le prix, l’identité du repreneur pressenti ou les comptes détaillés.

Deux éléments méritent l’attention. D’abord, les salariés sont tenus à une obligation de confidentialité sur l’information reçue : c’est une protection pour le cédant, mais un rappel écrit est utile. Ensuite, si tous les salariés déclarent par écrit ne pas vouloir présenter d’offre, le délai de deux mois tombe et la vente peut être conclue immédiatement. Recueillir ces renonciations est souvent le moyen le plus rapide de purger l’obligation sans figer le calendrier.

Sanctions : ce que vous risquez en cas d’oubli

C’est le point qui a le plus évolué. À l’origine, la loi Hamon prévoyait la nullité de la vente en cas de défaut d’information, une sanction jugée disproportionnée et source d’insécurité pour les repreneurs. Le Conseil constitutionnel a censuré cette annulation, puis la loi Macron de 2015 a remplacé la sanction.

Aujourd’hui, le manquement expose le cédant à une amende civile plafonnée à 2 % du montant de la vente. Sur une cession illustrative de 500 000 €, cela représente un risque maximal de 10 000 €. L’action doit être engagée par le ministère public dans un délai limité après la vente. La transaction elle-même n’est plus remise en cause : le repreneur n’a plus à craindre de voir son acquisition annulée pour ce motif.

Ce changement a considérablement réduit la portée pratique du risque, mais l’amende reste réelle. Surtout, un défaut d’information peut fragiliser un dossier lors des audits juridiques (due diligence) menés par l’acquéreur, ou générer des tensions sociales au pire moment. Le coût d’un respect scrupuleux de la procédure étant faible, l’impasse n’a guère de sens.

Les cas d’exemption à connaître

Toutes les cessions ne déclenchent pas l’obligation d’information. Les principales exemptions concernent :

Ces exceptions comportent des subtilités d’interprétation, notamment sur la frontière entre vente, apport et donation, ou sur l’articulation avec le CSE. Comme pour tout point juridique et fiscal d’une cession, il est vivement recommandé de faire valider votre situation par un avocat ou un notaire avant d’engager la procédure : une erreur de qualification peut coûter cher, et chaque opération a ses particularités.

Anticipée dès le début du projet, l’information des salariés n’est pas un obstacle mais une simple étape de calendrier. Intégrez-la à votre rétroplanning de vente, sécurisez la preuve de la date, et vous aborderez la signature avec un dossier propre — un atout de plus pour réussir la cession de votre entreprise.

Questions fréquentes

La loi Hamon oblige-t-elle à vendre en priorité aux salariés ?

Non. La loi impose seulement d'informer les salariés de la volonté de céder et de leur rappeler qu'ils peuvent présenter une offre. Le cédant reste entièrement libre de choisir son repreneur, de fixer son prix et de refuser une offre interne. Il n'existe aucun droit de préemption ni de priorité au bénéfice des salariés.

Quel délai faut-il respecter avant de conclure la vente ?

L'information doit être donnée au plus tard deux mois avant la conclusion de la cession, pour les entreprises de moins de 50 salariés. Ce délai peut toutefois être purgé plus tôt si tous les salariés déclarent par écrit ne pas vouloir présenter d'offre : la vente peut alors intervenir immédiatement.

Que risque-t-on si l'on oublie d'informer les salariés ?

Depuis la loi Macron de 2015, la vente n'est plus annulable pour ce motif. Le cédant s'expose désormais à une amende civile plafonnée à 2 % du montant de la cession, sur action du ministère public dans un délai limité. Le risque financier reste réel, d'où l'intérêt de respecter la procédure et de conserver une preuve datée.

Écrit par Sébastien Joumel & Kévin Papot
Sébastien Joumel

Sébastien Joumel

Entrepreneur & repreneur
KP

Kévin Papot

Entrepreneur · Fondateur de NEWP