Cession·Affaire
Construire un flux régulier de dossiers (dealflow)
Photo : Vitaly Gariev / Pexels
Partie 3 · Sourcer

Construire un flux régulier de dossiers (dealflow)

Exemple : transport / logistique

TLDR — l'essentiel en 20 secondes
  • Reprendre une entreprise est un jeu de nombres : il faut voir beaucoup de dossiers pour en signer un bon. Le dealflow, c'est votre machine à faire entrer ces dossiers en continu.
  • Combinez trois canaux : intermédiaires (cabinets de cession-transmission, bourses d'opportunités), approche directe des dirigeants non vendeurs, et votre réseau de prescripteurs (experts-comptables, avocats, banquiers).
  • Tenez un pipeline écrit avec des étapes claires et une cadence de relance : sans suivi, la plupart des pistes meurent d'oubli, pas de refus.
  • Un flux régulier vous donne le luxe de dire non et évite la décision précipitée sur le seul dossier disponible.

Trouver l’entreprise à reprendre n’est pas un coup de chance, c’est le résultat d’un flux entretenu : plus vous voyez de dossiers, plus vous augmentez la probabilité qu’un bon vous parvienne, et meilleure est votre position pour négocier.

Pourquoi raisonner en flux, pas en coup de chance

La reprise est un entonnoir. Sur un grand nombre de dossiers repérés, seule une petite part passe le premier tri (secteur, taille, géographie, prix), une part encore plus faible mérite une lettre d’intention, et vous n’en signez qu’un. Si vous ne regardez que deux ou trois affaires, vous vous condamnez à choisir la « moins pire » et à surpayer par manque d’alternative.

Le principe est donc de dimensionner le haut de l’entonnoir. Fixez-vous un objectif chiffré et suivi : par exemple un certain nombre de nouveaux dossiers qualifiés à faire entrer chaque mois. Ce n’est pas la qualité d’un dossier isolé qui fait votre pouvoir de négociation, c’est l’existence d’alternatives crédibles. Un repreneur qui a d’autres pistes en cours négocie détendu ; celui qui n’a que ce dossier négocie sous contrainte.

Les trois canaux à activer en parallèle

Les intermédiaires et le marché « visible ». Cabinets de cession-transmission, bourses d’opportunités des CCI et des réseaux de repreneurs, mandataires spécialisés par secteur. C’est le canal le plus simple, mais aussi le plus concurrentiel : les dossiers y sont déjà mis en marché, donc souvent mieux valorisés et vus par d’autres. Traitez-le avec méthode : présentez-vous en repreneur crédible (thèse d’acquisition claire, capacités de financement établies) pour être rappelé en priorité quand un mandat correspond à votre cible.

L’approche directe des dirigeants non vendeurs. C’est le canal le plus rentable et le moins encombré. Beaucoup de dirigeants proches de la transmission n’ont jamais formalisé de projet de vente. Constituez une liste ciblée d’entreprises correspondant à vos critères (secteur, taille, zone) via les bases d’entreprises et registres publics, puis contactez-les directement, souvent avec un premier message sobre et respectueux qui n’évoque pas frontalement le rachat mais l’intérêt pour leur métier et leur avenir. Le taux de réponse est faible, mais les affaires y sont moins chères et sans enchère.

Le réseau de prescripteurs. Experts-comptables, avocats d’affaires, notaires, banquiers, assureurs et conseillers en gestion de patrimoine côtoient les dirigeants au moment où la question de la transmission émerge. Faites-vous connaître d’eux comme repreneur sérieux et disponible, avec une thèse d’un paragraphe qu’ils peuvent transmettre. Un prescripteur bien informé de votre projet vous apporte des dossiers avant qu’ils n’arrivent sur le marché.

Piloter le pipeline comme un commercial

Un dealflow sans suivi se vide tout seul. La majorité des pistes ne se perdent pas sur un refus, mais faute de relance. Tenez un tableau écrit, même simple, avec pour chaque dossier : la source, la date d’entrée, l’étape (repéré / contact pris / échange en cours / documents reçus / analyse / LOI), la prochaine action et sa date. Imposez-vous une cadence de relance (par exemple une relance à J+7, puis à J+21) et un rituel hebdomadaire de revue.

Ce pilotage sert aussi à trier vite. Définissez à l’avance vos critères éliminatoires pour dire non en quelques minutes sans culpabilité (prix hors budget, dépendance excessive à l’homme-clé, secteur exclu). Le temps gagné sur les mauvais dossiers est réinvesti dans le sourcing des bons. À ce stade, on ne fait qu’un tri de surface : la valorisation fine et l’audit approfondi viendront plus tard, sur les rares dossiers qui passent le filtre.

Exemple chiffré

Chiffres illustratifs à adapter. Un repreneur vise une PME de transport routier de marchandises régionale, une quinzaine de véhicules, avec l’objectif de signer une acquisition en douze mois.

Il calibre son entonnoir sur l’année :

  • Dossiers repérés (haut de flux) : 120. Soit environ 10 par mois, répartis entre intermédiaires (40), approche directe de transporteurs non vendeurs (60) et prescripteurs (20).
  • Premier tri passé : 30. Environ un dossier sur quatre correspond aux critères (zone, taille de flotte, prix d’entrée visé autour de 1,2 à 1,8 M€ de valeur d’entreprise).
  • Échanges approfondis + documents reçus : 10. Le cédant partage liasses, contrats clients et état de la flotte.
  • Analyses sérieuses / valorisation : 4.
  • Lettres d’intention déposées : 2.
  • Signature : 1.

Lecture des taux de passage : ici, il faut environ 120 dossiers en haut pour 1 signature, soit un taux global d’environ 0,8 %. Si le repreneur ne s’était donné que 30 dossiers dans l’année, l’espérance serait d’environ 0,25 signature : statistiquement, il repartirait sans affaire, ou en surpayant la seule disponible. En triplant le haut de flux, il transforme une probabilité faible en objectif atteignable. Ces ratios sont propres à chaque secteur et à chaque profil : mesurez les vôtres au fil des mois et ajustez le volume d’entrée en conséquence.

À retenir

  • La reprise est un entonnoir : c’est le volume d’entrée qui détermine vos chances de signer une bonne affaire, pas la qualité d’un dossier isolé.
  • Activez trois canaux en parallèle : intermédiaires (visible mais concurrentiel), approche directe (rentable, peu encombrée), prescripteurs (dossiers en avant-première).
  • Avoir plusieurs pistes en cours est votre meilleur levier de négociation et votre meilleure protection contre la décision précipitée.
  • Sans pipeline écrit ni cadence de relance, votre flux se vide de lui-même : le suivi vaut le sourcing.

Exercice

Ouvrez un tableau (une simple feuille suffit) avec les colonnes : source, date d’entrée, étape, prochaine action, date de relance. Dès aujourd’hui, écrivez votre thèse d’acquisition en un paragraphe (secteur, taille, zone, budget) et envoyez-la à trois prescripteurs de votre réseau (par exemple votre expert-comptable, un avocat d’affaires et votre banquier). Objectif de la semaine : faire entrer vos cinq premiers dossiers dans le tableau.

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Fiche synthèse — Construire un flux régulier de dossiers (dealflow)Le condensé imprimable de la leçon.
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Écrit par Sébastien Joumel & Kévin Papot
Sébastien Joumel

Sébastien Joumel

Entrepreneur & repreneur
KP

Kévin Papot

Entrepreneur · Fondateur de NEWP